Publié aussi sur LinkedIn (dans le cadre de ma Chronique du Confinement)

Décidément, cette période du déconfinement donne lieu à de nombreuses réflexions sur l’avenir du travail, et en particulier sur le rapport au lieu.

Infographie du Monde

Comme souvent avec Le Digital Pour Tous, nous avons abordé le sujet déjà il y a quelques jours et j’avais eu l’opportunité d’écrire le billet d’introduction du #podcast sur la nécessité ou pas de l’unité de lieu. Quelques jours plus tard, Le Monde publiait un article assez riche sur le sujet.

J’y ai entre autres découvert certaines statistiques intéressantes que je reproduis ici.

Il semblerait donc que les salariés aient quand même majoritairement bien vécu le télétravail figure imposée – avec enfants à la maison, on le répète, et qu’ils soient majoritairement prêts à prolonger l’expérience.

La découverte du temps gagné en temps de trajet, de l’efficacité des réunions – pour ceux qui ont la chance d’avoir un manager qui a su adapter ses méthodes -, de la flexibilité de l’organisation de son temps, de l’attachement aux résultats et non plus aux horaires passés – là encore, si le manager a su évoluer sur le sujet, tous ces éléments sont séduisants en faveur du télétravail pour un grand nombre de collaborateurs et même de managers.

Bien sûr, personne n’imagine ne plus jamais se retrouver en « présentiel » avec son boss, son équipe, ses collègues… Ou très peu de monde. Il faudra donc ré-inventer les moments « physiques ».

L’équipement à la maison

La première responsabilité des entreprises et des managers qui décideront – et ils sont déjà nombreux – de prolonger l’expérience sera de vérifier les équipements et solidifier ce qui a été mis en place dans l’urgence juste après le 17 mars.

Une fois les enfants repartis à l’école – physique -, quelle place sera disponible dans le foyer pour travailler ? Avec quel niveau de connectivité – et quelle prise en charge financière par l’entreprise le cas échéant ? Avec quel mobilier – de nombreux salariés sont revenus au bureau chercher leur chaise ergonomique par exemple pendant le confinement ?

La ré-invention du lieu de travail

Je suis convaincue que le bureau va retrouver un rôle qu’il avait perdu : le sentiment d’appartenance, la convivialité, les moments de réunions – mais différents. Avant le 17 mars, combien de collaborateurs entraient et sortaient matin et soir sans avoir échangé vraiment avec leur manager ou leurs collègues ?

  • Le sentiment d’appartenance : ce terme galvaudé va reprendre ses lettres de noblesse, en ces temps où beaucoup de salariés se posent beaucoup de questions sur le sens de leur job et de leur entreprise. Il va falloir incarner l’entreprise dans le lieu ou les lieux qui vont accueillir des collaborateurs, et je pense que le design intérieur de bureau va s’apparenter au métier de design retail : parcours, fonctionnalités, branding… tout cela en phase avec la raison d’être – la fameuse ! – et les valeurs de l’entreprise.
  • La convivialité : même s’il est possible de créer un channel « café » dans Slack, la sérendipité inhérente à des rencontres fortuites reste quand même l’apanage du monde physique. Le ou les lieux qui vont accueillir des collaborateurs doit aussi dans son agencement permettre ces moments imprévus, improbables, impromptus…
  • Les moments de réunions : tous les managers qui sont restés au plus proche de leurs équipes en télétravail le disent – ils ont réinventé les réunions et la prise de décision. Plus rigoureuses, mieux préparées, moins longues, les visio-conférences ont recentré les équipes sur les meilleurs pratiques tant en terme d’échange d’information que de créativité ou de prises de décision. Certaines de ces pratiques trouveront leur place dans le monde physique. Là aussi, un agencement différent des salles de réunions, une place plus grande laissée à l’informel, un mobilier moins statique, seront à inventer et à mettre en place.

Quel(s) lieu(x) donc ?

Outre les consignes sanitaires à respecter, dont certaines vont sans doute perdurer pendant un moment suffisamment long pour devenir « normales », l’entreprise va donc devoir modifier l’agencement de ses espaces pour répondre aux nouvelles méthodes et aux nouvelles aspirations. Moins d’open space, plus de flexibilité dans l’occupation des bureaux, plus de salles de réunions réservables et non réservables, avec plus de possibilité d’agencement de l’espace pour favoriser des types de réunions différents, des salles de pause ou cafétérias plus ouvertes et plus centrales, une circulation des collaborateurs moins cadrée pour laisser la place à l’imprévu…

Certaines entreprises iront sans doute même jusqu’à investir des tiers-lieux adaptés et « brandés » pour l’occasion pour les réunions hebdomadaires ou bi-hebdomadaires qu’elles maintiendront en présentiel. D’autres vont éliminer les bureaux attitrés, re-segmenter les open space, mettre à disposition des espaces plus conviviaux d’échanges fortuits…

Le Covid n’aura pas révolutionné que la Transformation Digitale, ses impacts dans le monde physique ne seront pas que l’intégration des distances de sécurité. Toute la relation au lieu de travail sera différente. Pour les collaborateurs qui peuvent télé-travailler, le bureau deviendra un lieu de destination, auquel on se rend avec un but, et dans lequel on va vivre une expérience. La vraie symétrie des attentions, au final.

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