Machine à écrire avec feuille et "Female Empowerment" - Mentorat de femmes

Ce n’est pas (que) de mentorat dont les femmes ont besoin

Si le chemin des entrepreneurs est semé d'embûches, celui des entrepreneures l'est encore plus. Et le mentorat n'y suffira pas.

Les femmes dirigeant·e·s et entrepreneur·e·s bénéficient de plus en plus de structures qui leur donnent accès à du mentorat bénévole pour « casser le plafond de verre ». C’est un fait notable dont l’écosystème à tendance à se gargariser. Un progrès qui n’est pas suffisant, loin de là.

Mentor était un homme qui accompagnait un jeune garçon

J’ai un problème avec le terme même de « mentor ». Cet antonomase (Mentor était le précepte de Télémaque à qui Ulysse avait confié son fils, parce que Pénélope était trop occupée à sa tapisserie sans doute) est souvent utilisé pour décrire un mâle blanc quadra, qui a vendu ou mis en Bourse son entreprise avec succès et moult gains financiers, qui daigne prodiguer ses conseils à de jeunes padawans en devenir.

On a donc une conception très paternaliste du terme. Et on fait croire à beaucoup de jeunes femmes que la vérité sort de la bouche de ces hommes qui n’ont pas vécu le quart de la moitié de ce qu’elles vont vivre. Ils vont (souvent, ne généralisons pas trop) ne pas savoir lire entre les lignes des interactions qu’elles vont raconter. Ne pas y voir les biais des autres – qu’ils partagent, de par leur éducation, la société, et leur statut d’hommes, tout simplement.

Bien sûr, les réseaux de femmes de tout type ont pour vocation de remplacer le mâle blanc par la femme pas systématiquement blanche, avec un certain succès. On pourrait remplir des pages entières de réseaux très structurées et bénéfiques, intra-entreprise pour les cadres dirigeantes, ou d’entrepreneures pour les fondatrices. Mais le concept même reste empreint de l’image d’Epinal du « sachant », ou de la sachante dans ce cas.
Or, le mentorat est supposé être un partenariat d’égale à égale. Et la mauvaise interprétation du sujet, couplée au général bénévolat qui l’accentue, a un effet encore plus pervers chez les femmes à qui on a appris dès le plus jeune âge à être la bonne élève qui fait ce que dit le prof. Parce que tu comprends, une fille, ça ne se rebelle pas.

Mais ce n’est pas le pire.

Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends.

Benjamin Franklin (ou Xun Yi, il y a débat).

Cash is King

D’après le dernier baromètre BCG – Sista – CNNum , les équipes 100% masculines comptent pour 84% des startups financées en 2020…  et plus de 90% des montants totaux levés. De plus, plus les montants sont importants, plus le constat s’aggrave : les équipes fondatrices féminines disparaissent des levées de fonds supérieures à 100 millions d’euros.

Oui, le problème part d’abord du fait que les femmes demandent moins d’argent moins souvent. Oui, les femmes sont moins enclines à demander tant que le produit, le service, l’entreprise n’est pas « parfait ». Oui, les femmes créent plus souvent des entreprises socialement responsables sur des sujets qui intéressent moins les investisseurs. Mais justement, les investisseurs sont en train d’évoluer, et qui mieux que les sociétés « à impact » créées par les femmes pour remplir les critères des nouveaux fonds qui fleurissent un peu partout ? Parce que dans ESG il y a 3 lettres, pas qu’Environnement.

Plus qu’un(e) mentor, un écosystème

mentorat de femmes - Mug "The future is female" et écran d'ordinateur "connecting women on the rise" avec au fond un tableau qui dit "we rise by lifting others"

Pour préparer les femmes à ces levées de fonds, ou les amener à une rentabilité malgré tous les obstacles – bootstrapper, c’est bien aussi -, un écosystème complet doit se mettre en place.
Pas juste des mentors qui sont passés par là, mais tout un réseau de personnes « ressources » pour les conseiller, les épauler, les écouter… En mode Sparring Partner, comme une athlète de haut niveau.
Au-delà des compétences purement « techniques » nécessaires – COO fractionnée, avocate, financière, viennent immédiatement à l’esprit -, les soft skills sont indispensables pour accompagner les femmes entrepreneures dans l’accélération de leur entreprise, que cela passe par une levée ou non.


L’écoute, d’abord. Sur les doutes, les pièges, les questions, les stratégies, la gestion d’équipe, et l’équilibre de vie, aussi.
L’échange, ensuite. Parce que leur donner un poisson ne les fera manger qu’un seul jour.

Le rôle des membres de cette équipe de soutien est d’ouvrir le champ des possibles à des solutions auxquelles l’entrepreneure ne pensait pas avant. Il n’est pas de dicter le chemin mais de l’éclairer, pour déceler opportunités et embûches.

La co-construction, enfin. Parce que les femmes sont éduquées à être plus ouvertes et plus « rondes » que les hommes, les femmes entrepreneures sont plus à même de tirer profit d’un tel réseau de personnes à leur côté.

Il faut juste qu’elles le réalisent et osent le mettre en place. Comme des grandes.

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